Depuis de nombreuses années, je suis confronté à la canicule et à la sécheresse sur ma ferme, située sur les contreforts du Larzac. Les sols très pauvres de cette région ont rendu mes huit hectares de vergers particulièrement vulnérables. Pour préserver les variétés fruitières de notre patrimoine nourricier et continuer à produire malgré des conditions de plus en plus difficiles, j’ai dû expérimenter de nombreuses solutions, parfois dans l’urgence.
Depuis quatre ans, cette expérience se poursuit sur l’île de Maio, au Cap-Vert, où nous avons créé une oasis pilote dans une région qui n’avait pratiquement pas connu de pluie depuis quinze ans. En combinant une vingtaine de techniques destinées à « cultiver l’eau », nous avons démontré qu’il est possible de restaurer la fertilité des sols et de renforcer la résilience des cultures face au changement climatique.
Les épisodes de chaleur extrême que nous connaissons aujourd’hui nous rappellent toutefois qu’aucune solution, prise isolément, ne peut répondre à tous les défis. La résilience d’une exploitation repose sur un ensemble de pratiques complémentaires, adaptées aux réalités du terrain et aux spécificités de chaque territoire.
Cet article n’a pas la prétention d’apporter toutes les réponses. Il propose un premier panorama des principales approches permettant de mieux faire face à la canicule et à la sécheresse.L’objectif n’est plus seulement de produire, mais de continuer à produire dans un contexte climatique de plus en plus contraignant, tout en préservant les sols, l’eau et la biodiversité. Les solutions existent. Elles demandent avant tout une nouvelle manière de concevoir l’agriculture, plus respectueuse du fonctionnement du vivant.
1. Irriguer avec discernement
Lorsque l’irrigation est possible, chaque goutte d’eau doit être utilisée avec la plus grande efficacité. L’objectif n’est pas seulement d’apporter de l’eau aux cultures, mais de la valoriser au mieux.
Le goutte-à-goutte est aujourd’hui la technique la plus économe. Il permet d’apporter l’eau directement au niveau des racines tout en limitant les pertes par évaporation.
Quelques règles simples permettent également d’améliorer l’efficacité de l’irrigation :
- arroser de préférence tôt le matin ou pendant la nuit ;
- éviter les arrosages légers et répétés qui favorisent un enracinement superficiel ;
- privilégier des apports plus espacés, mais plus abondants, afin d’encourager les racines à explorer les horizons profonds du sol.
L’irrigation ne doit pas se substituer à un sol vivant ; elle doit venir en complément d’une bonne gestion de l’eau dans l’exploitation.
2. Choisir des espèces et des variétés adaptées
Toutes les plantes ne réagissent pas de la même manière aux fortes chaleurs et au manque d’eau. Le choix des espèces et des variétés constitue donc un levier essentiel d’adaptation.
Les espèces méditerranéennes, façonnées depuis des siècles par un climat sec, présentent souvent une meilleure résistance. Parmi elles figurent notamment l’olivier, le grenadier, le figuier, l’amandier, le pistachier, le pois chiche ou encore le sorgho.
Les variétés anciennes, souvent écartées au profit de cultivars plus productifs, possèdent parfois une remarquable capacité d’adaptation aux contraintes climatiques. Les préserver et les remettre en culture représente un enjeu majeur pour l’agriculture de demain.
3. Récolter et conserver l’eau de pluie
Face à la raréfaction de la ressource, chaque goutte d’eau de pluie mérite d’être retenue là où elle tombe. L’eau qui s’infiltre dans le sol sera toujours plus utile que celle qui s’écoule rapidement vers les fossés ou les rivières.
Différentes solutions peuvent être mises en œuvre selon les contextes :
- développer une hydrologie régénérative à l’échelle de l’exploitation ;
- créer des mares ou de petites réserves d’eau ;
- installer des citernes de récupération ;
- ralentir le ruissellement grâce à des fossés végétalisés, des baissières (swales), des talus ou d’autres aménagements favorisant l’infiltration.
L’enjeu n’est pas seulement de stocker l’eau, mais surtout de redonner au paysage sa capacité naturelle à la retenir et à la redistribuer progressivement aux cultures.
4. Faire de la biodiversité une alliée
La biodiversité n’est pas un luxe ; elle constitue l’un des meilleurs atouts d’une agriculture résiliente. Plus un écosystème est riche et équilibré, mieux il résiste aux aléas climatiques.
Haies, bandes fleuries, couverts végétaux, mares ou arbres isolés favorisent la présence des insectes pollinisateurs et des auxiliaires qui régulent naturellement les ravageurs. En diversifiant les milieux, l’agriculteur renforce la capacité de son exploitation à faire face aux périodes de stress climatique tout en limitant le recours aux interventions extérieures.
Préserver la biodiversité, c’est investir dans l’équilibre et la stabilité de son système de production.
5. Adapter la conduite des vergers
Les fortes chaleurs imposent de repenser certaines pratiques culturales. Dans un verger, le feuillage constitue la première protection naturelle contre les brûlures du soleil. Une taille trop sévère avant l’été expose les fruits et les charpentières à des températures parfois destructrices.
Quelques principes simples permettent de mieux protéger les arbres :
- conserver un feuillage suffisant pour ombrager les fruits ;
- éviter les tailles importantes avant les épisodes de fortes chaleurs ;
- maintenir un paillage généreux au pied des arbres ;
- éclaircir les fruits lors des années de forte production afin de limiter le stress hydrique et d’améliorer leur qualité.
Chaque espèce réagit différemment, mais toutes bénéficient d’un sol vivant et d’une gestion raisonnée de l’eau.
6. Protéger les cultures lors des épisodes extrêmes
Face aux canicules de plus en plus fréquentes, certaines protections deviennent parfois indispensables, notamment pour les jeunes plantations.
Selon les situations, il est possible d’installer des filets d’ombrage, de créer des écrans végétaux, de chauler les troncs afin de limiter les brûlures du soleil ou encore de protéger temporairement les jeunes arbres à l’aide d’ombrières ou de gaines adaptées.
Ces équipements ne remplacent pas une bonne conception du verger, mais ils peuvent éviter des pertes importantes lors d’épisodes climatiques exceptionnels.
7. Penser l’agriculture de demain
L’adaptation au changement climatique ne repose pas sur une technique miracle. Elle résulte d’une approche globale où chaque pratique vient renforcer les autres.
L’agroécologie, l’agroforesterie, la restauration des sols vivants, la gestion raisonnée de l’eau, la diversification des cultures et le choix d’espèces adaptées constituent autant de leviers complémentaires pour construire des exploitations plus résilientes.
L’agriculture de demain devra s’inspirer davantage du fonctionnement des écosystèmes naturels. Plus les sols seront vivants, plus l’eau sera valorisée et plus la biodiversité sera riche, plus nos systèmes de production seront capables de résister aux défis climatiques qui s’annoncent.
