Les paysages fruitiers de Véronique Mure

Le Jardins des Figuiers sur le Sentier des Lauzes. ©Sur le Sentier des Lauzes. Véronique Mure ©2014 Border

Les paysages fruitiers de Véronique Mure

Ce mois-ci, nous souhaitons vous présenter Véronique Mure, une botaniste nîmoise passionnée par la relation entre les hommes et les plantes. Elle s’est attachée depuis 30 ans à défendre la valeur patrimoniale des jardins et des paysages méditerranéens à travers l’histoire des végétaux qui les composent.

Cette sensibilité pour la botanique lui vient de l’enfance où elle a passé beaucoup de temps dans la nature gardoise et aux mazets de ses grands-parents. Puis la rencontre avec Francis Hallé, grand spécialiste de l’écologie des forêts tropicales et de l’architecture de leurs arbres, fut déterminante pour lui donner envie de poursuivre dans ce domaine.

Bien que diplômée en botanique et en agronomie tropicales à l’origine, elle est rapidement amenée à réorienter sa pratique vers des problématiques méditerranéennes. Sa rencontre avec le maire de Nîmes de l’époque participe de ce virage ; il lui propose alors de faire partie de son équipe. En 1989, un grand incendie sur la forêt communale la confronte directement à cette question de la résilience de nos écosystèmes au feu. C’est aussi à cette époque qu’elle écrit son premier livre « Jardins de garrigue » dans lequel elle nous partage le monde fascinant de ces jardins si caractéristiques et chargés d’histoire.

         Elle fut ensuite responsable des aménagements extérieurs du site du pont du Gard qui lui donna l’opportunité de continuer son travail sur l’histoire de ces paysages méditerranéens et leurs dynamiques qui s’est matérialisé par la création d’un parcours d’interprétation, “Mémoires de garrigue”. Ce parcours de 2,4 km propose des clés de compréhension sur l’histoire de ce paysage et de son développement depuis l’époque romaine. Tout l’enjeu de sa démarche consiste à nous faire redécouvrir le paysage d’aujourd’hui afin de comprendre à travers divers indices tels que la végétation sauvage, les cultures, les murets en pierres, comment nous en sommes arrivés là. En d’autres termes, par l’intermédiaire de cet ouvrage, Véronique Mure nous offre une véritable rétrospective des évolutions et profonds changements de la biodiversité méditerranéenne.

Sa rencontre avec Fruits Oubliés dans les années 90 a contribué à nourrir son intérêt sur la place des arbres fruitiers dans les jardins méditerranéens et l’importance de la biodiversité pour leur résilience. L’envie de travailler ensemble s’est concrétisée par l’organisation d’une exposition sur les fruits anciens au cœur des arènes de Nîmes pendant un week-end. 

A travers ses interventions dans les projets paysagers, elle s’intéresse particulièrement aux arbres champêtres en voie de disparition (azéroliers, cormiers, jujubiers, figuiers, poiriers à feuilles d’amandiers, amandiers, cognassiers, grenadiers…) comme par exemple dans l’élaboration du plan de paysage du Minervois. Dans l’ensemble de ces créations, elle essaie de travailler avec les variétés locales car ce sont elles qui permettent de réactiver les liens que l’on a avec la végétation.

Tous ces jardins de garrigue sont aussi des jardins fruitiers, vivriers dans lesquels on trouve des azéroliers, des arbousiers, des figuiers. Elle a d’ailleurs beaucoup travaillé sur le figuier et a écrit à plusieurs reprises sur cet arbre dans son blog et divers articles. Elle s’appuie sur cet arbre pour parler de notre rapport à la botanique. En 2014 elle a d’ailleurs été sollicitée par les membres de l’association du Sentier des Lauzes pour mettre en place une animation autour du Jardin des Figuiers et faire une conférence sur l’histoire du figuier et sa reproduction. Avec elle, ils ont également pu définir plus précisément le volet culturel du projet. Ce projet de création d’un conservatoire des figuiers dans la vallée de la Drobie s’inscrit dans une dynamique de reconquête des anciennes terrasses de cultures aujourd’hui à l’abandon et dans une démarche de médiation culturelle associant les habitants en leur proposant de marcotter, greffer et bouturer les figuiers de la vallée. Dès le départ, les réflexions des habitants sur la reprise en main du paysage de la vallée ont été au cœur du projet. Plus qu’un arbre, c’est un bout de leur histoire, un bout de la mémoire de ce paysage que les habitants ont été invités à partager. Cette collecte a donné lieu à des échanges, entrevues, témoignages réactivant quelques souvenirs ou histoires familiales, les lieux dits en lien avec l’histoire de la vallée de la Drobie.

Pour en apprendre davantage sur le projet : LES FIGUIERS DU SENTIER DES LAUZES 28 juillet 2014 Véronique Mure

 Aujourd’hui, Véronique Mure est très sollicitée pour son expertise, son talent pour interpréter l’histoire à travers les végétaux et continuer à la faire vivre dans ses créations et ses interventions.

Elle aborde la végétation via ses caractéristiques botaniques mais ce qui l’intéresse surtout c’est son histoire à travers les usages et la symbolique que l’on en a fait. En méditerranée, l’héritage historique depuis l’Antiquité est riche et il est, selon elle, important de le garder présent pour maintenir ce lien avec le végétal. Un regard uniquement scientifique et détaché rend tout ça très “sec”. Pour elle, la science confisque beaucoup de nos connaissances sur le végétal, c’est pourquoi elle s’attache à toujours réintégrer du sensible, du poétique et du patrimonial. A ce titre, elle a elle-même créé un verger de collection sur 1ha d’une propriété acquise dans le Périgord, avec l’aide d’Evelyne Leterme du Conservatoire Végétal Régional d’Aquitaine.  

 

Son site : Botanique Jardin Paysages  

Son article sur le site du Sentier des Lauzes  

Son enseignement à l’Université du temps libre de Nîmes

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