Agriculture : bis repetita !

Agriculture : bis repetita !

Agriculture : bis repetita !

Le salon de l’agriculture à Paris, une vitrine qui ne manque jamais de mettre en avant « les bons paysans qui produisent de la bonne nourriture naturelle », et c’est cette image d’Epinal que les politiques ne manquent jamais d’accrocher à leur communication ! Je défie un visiteur d’y trouver un sac de produits phytosanitaires auréolé d’une tête de mort… et pourtant…  » 13 000 exploitations agricoles en agriculture biologique en 1986 en Europe », c’est ce que j’écrivais dans mon mémoire de DEA en 1988, plus de 350 000 aujourd’hui en Europe * d’après l’Agence BIO, soit 27 fois plus alors que le nombre total d’agriculteurs diminue sans cesse.

35 ans ont passé, mais la PAC (Politique Agricole Commune) sape les engagements de l’accord de Paris de 1995 sur le climat et la biodiversité avec la complicité conjuguée du lobby de l’agro-industrie de la chimie et des pesticides, celle du syndicat agricole FNSEA et celle du gouvernement français.
Prenant le prétexte de la guerre en Ukraine et de l’inflation à 6 % ( 2022), on continue à subventionner en masse la malbouffe en minimisant les aides au développement d’une agro-écologie meilleure pour la santé, le climat et la biodiversité.
On dit que gouverner c’est prévoir, alors comment expliquer cette ignorance des rapports du GIEC et cette régression même, en remettant en cause des avancées européennes sur la rotation des cultures ou la nécessité des jachères. Les acteurs dominants de la filière agro-alimentaire, le ministre actuel compris, semblent raisonner « après moi le déluge » ou encore « évitons de froisser les électeurs pour
qui l’agriculture reste celle de leur arrière grand-père »

Cela, alors même que depuis la campagne présidentielle de 1974 de l’agronome René DUMONT, d’éminents scientifiques ont démontré que l’on
pouvait produire suffisamment de nourriture pour l’humanité entière, sans intrants chimiques artificiels aux effets délétères. En commençant par ne pas gaspiller 20 % de la nourriture produite (selon l’ONU) par un système de production et de distribution mondialisé, soumis aux spéculations financières des traders des grandes banques et aux profits de l’agro-industrie.

Il est vrai que certains agriculteurs, les plus petits et/ou les moins audacieux vis-à-vis de l’agro-écologie souffrent de revenus trop faibles, mais les pouvoirs politiques et syndicaux ne les aident guère.
Notons ce jour 14/02/2024 que le rapport de la Cour des Comptes pointe le fait « que les lois Egalim n’ont pas donnée lieu aux sanctions prévues »
Notons encore du côté du plan ecopyto en discussion qu’il est question à présent de remplacer la norme NODU par une norme NRI-1 proposée au niveau européen par les industriels eux-mêmes…. Les produits les plus dangereux ont certes été écartés puisque interdits mais la quantité totale de traitements, elle, pourrait ainsi encore augmenter. Bravo au lobbying de l’agro-chimie !


Mais, fort heureusement, des consommateurs, des agriculteurs, des élus s’emparent des questions agricoles et alimentaires, à travers l’installation de jeunes agriculteurs, le travail sur les filières d’approvisionnement et l’approche « plan alimentaire territorial » ou encore « sécurité sociale alimentaire » avec une vérité phare, celle des nutritionnistes : alimentation saine et de qualité = facteur de santé.

Gerard Straumann. Économiste du développement agricole, agro-alimentaire et rural.

* dont 60 000 en France ou 13 % des exploitations.
https://www.agencebio.org/vos-outils/les-chiffres-cles:

6 Replies to “Agriculture : bis repetita !”

  1. beaucoup de possibilités d’acheter en direct des producteurs marchés, paniers, amap…arrêtons d’acheter n’importe quoi sous prétexte que ce n’est pas cher Notre santé est vitale

  2. Salut !
    Je crains que l’empêchement n’aille au delà des seuls agriculteurs comme électeurs : leur nombre s’amenuise et les gagner à une cause salvatrice me paraît un défi énorme…
    En revanche, le lobby agro-alimentaire commence par les vendeurs de tracteurs (et autres accessoires, pléthore) pour faire gagner du temps à l’agriculteur, donc, réduire la main d’oeuvre pour une production plus importante (çà me rappelle le Kapital, de Marx ! ! ) : regardez un catalogue -sur internet- de matériel agricole, y’en a plus que ceux des bagnoles ! Et çà brille de mille feux. La FNSEA est un syndicat de tractoristes…
    Voilà où se trouve, à mon avis, la frilosité des « décideur.euse.s » politiques, bien inféodés au Grand Capital…
    La disparition (sans doute programmée depuis des lustres) des agriculteurs à taille humaine se poursuit, avec les faillites, les désertions, les retraites, l’accaparement des terres par des GROS, et les suicides. Les nouveaux propriétaires des exploitations sont des bourgeois qui gèrent des exploitations démesurées (ici et/ou ailleurs), travaillées par des ouvriers (mal) salariés.
    OUI, le P.A.T est une lueur d’espoir fantastique ! Si l’on prend en compte l’ensemble des retombées et occurrences qui peuvent se produire (mobilité, emploi, solidarité, baisse des prix, vivre ensemble…) et se développer en y réfléchissant bien et s’il était possible d’en répandre des milliers, alors, la santé, l’agriculture, la ruralité, la vie, seraient sauvé.e.s.
    J’aimerais y croire.
    Pour l’heure, pour emplir ma retraite de vie, je cultive un potager pour les restos du coeur.
    La lutte n’est pas finie.
    Salut et fraternité.
    Pierre, du Sud de la Manche

  3. Merci pour cette information si pertinente.
    Puissiez vous être entendu, comme tant d autres militants et bio-producteurs qui se décarcassent pour le vivant et une alimentation saine !… sans y être incités financièrement et par formations, ce qui devrait être la priorité. Aider à la transformation de l’industrie agricole en agriculture respectueuse des bienfaits que nous offre la nature quand on travaille avec elle et non contre ???

  4. Merci pour ce très bel article,même court,les quelques chiffres sont les bons a retenir pour continuer a valoriser une agriculture paysanne ,propre et fondamentale pour l’avenir de nos enfants.

  5. Et oui,
    Les promesses sont plus fidèles que les actes! Les subventions du bio non respectées, on préfère soutenir les industriels de l’agriculture.
    Le NODU est trop contraignant, l’ECOPHYTO permet de consommer plus, et le glyphosate peut encore sévir!
    Doit-on dire merci à tous ces débords? Les poisons que nous ingérons (de plus en plus nombreux) rendent service à une caste qui montre enfin le bout de son nez.
    C’est lamentable pour les paysans (non céréaliers), qui ne vivent pas des ressources de leur métier malgré le dur labeur et les horaires non comptabilisés.
    Un grand merci au medias mainstream qui soutiennent cette situation alarmante. France, ton pays fout le camp!
    Jean Claude

  6. Merci pour cet article,
    Je mange en bio même si j’ai un tout petit budget car pour moi c’est le plus important.
    Pour ma santé d’abord, mais au delà de ça c’est aussi militant. Il y a tant de mensonges de la part des politiques, que dès qu’une de leurs propositions semblent aller dans le bon sens je me dis qu’il y a un loup derrière.
    Je suis contente de savoir que le nombre des producteurs bio est en augmentation car qu’est-ce qu’ils sont maltraités.
    J’essaie d’inculquer ces valeurs à mes petits-enfants en leur permettant de décoder ce qu’il y’a derrière les apparences.
    Un infini merci à vous
    Cordialement

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