Permettons les cépages interdits !

Pour une histoire permise des cépages interdits

« Vins interdits ». Lorsque pour la première fois j’ai entendu ces deux mots associés, j’ai cru à un artifice marketing. L’interdit c’est vieux comme le monde et pourtant toujours à la mode pour renforcer la désirabilité d’un produit. Quelques recherches et surtout le visionnage de l’excellent documentaire Vitis Prohibita sur le sujet me confirmèrent alors qu’il y a bien actuellement et depuis 90 ans en France une interdiction de commercialisation de vin issu de certains cépages, au nombre de six : clinton, noah, isabelle, herbemont, jacquez, othello.

Historienne fréquentant l’univers des vins et des spiritueux depuis plus de vingt ans, d’abord en Champagne puis en Charente, je me suis immédiatement interrogée sur ce que pouvait signifier cette interdiction. En matière de vins et alcools, je connaissais le contexte des réglementations strictes ou laxistes, pérennes ou changeantes, mais la persistance d’une interdiction datant de 1934 des 6 cépages procurait suffisamment d’étonnements pour se lancer sur cette piste. J’ignorais alors qu’il ne s’agirait pas simplement de comprendre le contexte de la promulgation d’une loi, le 24 décembre 1934. Je n’imaginais pas qu’il faudrait aller aux origines de la vigne sauvage, parcourir les chemins touffus vers les cépages hybrides sur le continent nord-américain, passer par Long Island, là où les pépiniéristes préparaient les plants qui rapportés en Europe viendraient contaminer la majorité des vignobles anciens. Et qu’une fois réalisée cette étude généalogique des cépages hybrides qui subiront donc l’interdiction de l’État français, il me faudrait aussi mener une recherche passionnante sur la place du vin dans la société française des 19e et 20e siècles. Et même aller dans les hauteurs vertigineuses de l’île de la Réunion, dans le cirque de Cilaos, où l’isabelle se porte à merveille. Tout cela pour arriver à un état des lieux qui rassemble de pertinentes problématiques actuelles qui fermentent dans le monde du vin (mais pas seulement), de la viticulture raisonnée aux actions de résistance au sein de la ruralité, de l’uniformisation du goût à la valorisation de la biodiversité, des questions sanitaires aux dimensions mythiques du produit de la vigne.

Les sources de cette « histoire permise des cépages interdits » sont disparates, et aucun ouvrage abordant les aspects historiques n’a été publié. Mais si les cépages sont interdits, leur histoire n’est pas secrète, les archives existent. J’en ai déjà consulté un certain nombre, aux Archives du Sénat, aux Archives nationales, au Muséum d’histoire naturelle… Elles n’ont pas, à ce jour, été exploitées, rassemblées pour présenter le contexte et reconstituer à la fois les causes et les conséquences de cette interdiction. Ce sont des écrits, français, américains, des textes officiels, des articles de presse, publiés dans diverses revues, des témoignages écrits et oraux des acteurs ou observateurs de l’interdiction qu’il faut aller explorer, interroger… L’objectif de cet ouvrage sera d’apporter les éléments historiques sans prétention scientifique propres à l’ampélographie, mais suffisamment de rigueur pour établir ou rétablir des vérités toujours plus utiles pour faire avancer une cause sans être pour autant un manifeste.

Je dois terminer début novembre l’écriture du livre à paraître aux éditions Flammarion au début de l’année 2026. Et je suis ouverte à tout échange qui viendrait compléter ce que j’ai déjà collecté, images, témoignages… Je suis particulièrement intéressée par des archives ou informations sur les sujets suivants :

– Procédure, procès contre des personnes qui ont refusé d’arracher leurs cépages interdits

– Exemples d’opposition, manifestation contre la loi de 1934

– Chanson, textes littéraires incluant des références aux cépages interdits

– Témoignages écrits ou oraux sur les modes de consommation des vins issus des cépages interdits

– Archives publicitaires mentionnant les hybrides producteurs directs, et plus encore si ce sont des interdits ou futurs interdits. Fabienne Moreau – lucaspeche@yahoo.fr – 06 11 27 18 69

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